La Médication naturelle, par F. E. Bilz, 1900.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La masturbation a été l'objet d'attaques très virulentes du XVIIIè siècle jusqu'au XXè, sous le prétexte qu'elle causait des maladies graves, aboutissant à l'impuissance, à la dépression sévère, et précipitant la mort. Comment prévenir cet engrenage catastrophique ? Car la peur de la décrépitude et de la mort ne peut avoir qu’un effet préventif, et elle reste inefficace quand l’habitude est prise. Aussi, pour interdire que le comportement vicieux ne s'installe, les parents doivent-ils se mobiliser très tôt et se montrer particulièrement vigilants dès la petite enfance : Avant tout, les parents auront un œil très attentif sur l’enfant. On ne le laissera jamais dormir seul dans une chambre. On n’aura pas peur non plus d’aller le trouver plusieurs fois, la nuit, et de lever la couverture, qu’il dorme ou non. Menacé par ces visites, l’enfant n’osera plus continuer son vice. (Bilz, p.1314)

Des éducateurs vont ainsi violer l’intimité des enfants, les faire vivre dans des conditions semblables à celles des quartiers d’exception dans les prisons (cellules sous surveillance constante), sous prétexte de moralité !

Mais les adultes, même parents, doivent dormir de temps en temps. Pour compléter leur surveillance, ils inventeront des vêtements adéquats : On mettra à l’enfant des gants grossiers, sans doigts, fortement liés au poignet.

On peut aussi lui mettre, pour la nuit, un habit entièrement fermé, qui enveloppe à la fois le tronc et les membres, et qui corrige même les petits pécheurs les plus endurcis. On menacera encore du médecin…

Ce vice… se combattra au moyen d’un vêtement d’une pièce, complètement fermé pour le tronc et pour les membres, et doublé de cuir ou d’étoffes semblables dans la région des parties sexuelles, de façon à le rendre inflexible. Les enfants devront porter ces vêtements non seulement la nuit, mais le jour aussi, et il faudra qu’en cas de besoin ils ne puissent être ouverts que par les parents. (Bilz, p.1314)

Ces gants et ces vêtements seront vendus et auront leur publicité (notamment dans le Larousse Médical) encore après 1920…

Une version plus légère est le " bandage contre l'onanisme ", pour " empêcher les pratiques solitaires des enfants et des adultes " : " ce bandage se construit sur mesure pour tous les cas ". (cf. fig.)

Plus radicalement, d’autres médecins préconisent l’infibulation : un anneau dans le prépuce des garçons ou dans les lèvres des fillettes. En 1707, le chirurgien Pierre Donis dénonce : Je ne sais pas qui est l’inventeur du bouclement des garçons ; mais cette opération choque le bon sens. On tirait le prépuce en dehors, et le traversant d’une aiguille enfilée, on y laissait un gros fil jusqu’à ce que les cicatrices des trous fussent faites ; puis retirant le fil, on passait à la place une grosse boucle de fer, qu’on y laissait tout le temps que le sujet était dans un âge incapable de travailler à la génération. Ils prétendaient que cette boucle l’empêchant d’avoir commerce avec des femmes jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans, qui est le temps qu’on l’ôtait, les forces ne se dissipaient point, et qu’elles se conservaient pour engendrer les enfants forts et en état de servir (la société).

En 1900, Bilz propose un anneau pour empêcher les pollutions nocturnes chez le garçon (cf. fig.)

Il en vante ainsi les mérites : " C'est le remède le plus simple et le plus sûr contre les pollutions nocturnes chez les hommes. Il se compose d'un anneau métallique nickelé, que l'on peut rétécir ou élargir à volonté, pourvu de dents, et que l'on pose sur la verge. Les dents de l'anneau empêchent le gonflement de la verge ou réveillent le dormeur. S'adresser à Quillet et Cie, 17, rue d'Hauteville, Paris. "

Aujourd'hui, le bandage est remplacé par une sorte de ceinture de chasteté pour homme, dont la publicité dit encore, au XXIè siècle, qu'elle est très efficace contre la masturbation des jeunes gens...