D'après Brantôme, et les dames du XVIè s., le sort de la quasi totalité des spermatozoïdes est de finir dans les égouts, ou les fosses d'aisance : on peut se demander alors si le passage par le vagin est vraiment une nécessité !

Les moralistes religieux affirment que le seul acte sexuel valide moralement est la pénétration vaginale, car elle aboutit à l'émission du sperme dans le vagin, conformément à la nature du vagin qui est d'être son unique réceptacle naturel. Répandre le sperme ailleurs serait donc une faute contre-nature.

De même, beaucoup de ceux qui se mêlent de psychologie ou de sexualité considèrent comme "pervers" les actes sexuels autres que cette pénétration vaginale.

Le Catéchisme de l'Eglise catholique, de son côté, enjoint à chaque personne de maintenir "l'intégralité des forces de vie ... déposées en elle" (§2338), ce qui doit vouloir dire de ne pas gaspiller ses spermatozoïdes en les répandant n'importe où. Quand le plaisir sexuel est recherché pour lui-même, "isolé des finalités de procréation et d'union", c'est-à-dire, pour parler clairement, hors d'un coït vaginal sans contraception, le Catéchisme le déclare "moralement désordonné" (§2351), consistant en luxure, en masturbation (§2352), en fornication (§2353), fautes gravement répréhensibles. Si donc pour le Catéchisme "tout acte matrimonial doit rester ouvert à la transmission de la vie" (§2366), c'est aussi que pour lui la seule destination du sperme marital est le vagin de l'épouse.

Or, que devient le sperme, tout sperme, une fois éjaculé ? Plus ou moins vite la femme ira faire sa toilette, et le sperme se retrouvera dans les égouts.

On peut donc se poser la question du caractère dérisoire de l'acharnement mis par certains à réclamer une étape vaginale obligatoire avant d'aboutir aux égouts. Si telle est la destination finale, les étapes intermédiaires, la main, les draps, les seins, le ventre, la bouche, le rectum... ou le vagin, perdent la possibilité d'un caractère sacré ou magique, et n'ont plus qu'une signification banale, futile, n'ayant pour prix que le plaisir des personnes concernées.

C'est ce que, d'après Brantôme, les femmes du XVIè siècle avaient déjà constaté : le grand cas que les hommes font de leur liqueur magique, de cette semence de vie, n'est-il pas en complet décalage avec la réalité des faits, particulièrement triviale ici ?

" Oui, dit la dame ; mais aussitôt ce beau sperme, que vous autres dites être le sang le plus pur et net que vous avez, je le fais pisser incontinent et jeter ou dans un pot ou un bassin, ou aux toilettes, et le mêler avec une autre ordure très puante, et sale et vile. Car, de cinq cents coups que l'on nous touchera, de mille, deux mille, trois mille, voire d'une infinité, nous n'engrossons que d'un coup, et la matrice ne retient qu'une fois... Si le sperme qui est retenu, lui, est bien logé, le reste nous le logeons comme je viens de le dire, fort salement. Voilà pourquoi il ne faut pas vous vanter de ce que vous nous faites avec votre sperme : car, sauf celui que nous gardons pour concevoir, nous le rejetons et rendons pour n'en faire plus de cas aussitôt que nous l'avons reçu et qu'il ne nous donne plus de plaisir... Et notez que la moindre bagasse peut en dire autant à un grand roi ou prince, s'il lui a fait l'amour ! Ce qui est un grand mépris, quand on sait que l'on tient le sang royal pour le plus précieux qui soit ! Et vraiment il n'est pas mieux gardé ni logé plus précieusement que celui d'un autre ! " (Les Dames galantes, Ier discours)

Somme toute, le rire aussi peut rappeler au bon sens.