Cet événement est arrivé au château de Nicklspurg en Moravie, et il est certifié par M. Nuch, chirurgien major des troupes de la garnison de ce château. Dans les premiers jours d’août de l’année 1773, un soldat âgé de vingt-deux ans et quelques mois fut attaqué de maux de coeur passagers, de lassitude, et de dégoût. À ces accidents succéda bientôt l’enflure du ventre ; on traita ce jeune homme comme hydropique. Les remèdes furent sans effet et le ventre grossissait de plus en plus : d’ailleurs il ressentait peu d’incommodités, et ne manquait guère à son service. Cet homme, que l’on avait abandonné depuis quelques mois à la bonté de son tempérament, et aux soins de la nature, ressentit de vives douleurs dans la région lombaire le 3 février 1774. On lui fit prendre quelques potions sédatives, mais les douleurs ne firent qu’augmenter ; on crut soulager le malade en lui faisant la ponction, et l’on fut extrêmement étonné de ne point voir d’évacuation d’eau. On eut recours à la saignée, et tous les moyens furent inutiles ; les douleurs devinrent de plus en plus aiguës, les convulsions s’en mêlèrent, et le patient mourut après quatre-vingt-dix-sept heures de souffrance. Le cas était trop extraordinaire pour qu’on ne fit point l’ouverture du cadavre : mais quelle fut la surprise des assistants, lorsque à l’ouverture de l’abdomen on aperçut un kyste, ou sac, que l’on ouvrit, et dans lequel était un foetus mâle mort, et bien conformé avec son placenta, les membranes et les eaux. Ce kyste était une matrice, à laquelle rien ne manquait, l’orifice regardait l’intestin rectum, avec lequel elle communiquait par un petit conduit en forme d’appendice ; à peine y pouvait-on introduire un tuyau d’une plume à encre ordinaire. Il n’avait que ce viscère de commun avec le sexe féminin ; d’ailleurs il était parfaitement homme intérieurement, et extérieurement. La position des ligaments de cette matrice était dans l’ordre naturel. Les vaisseaux spermatiques aboutissaient en partie aux ovaires, et une autre partie continuait son chemin jusqu’aux testicules. Ce lacet était double. On examina la forme des os du bassin, elle était telle qu’elle doit être dans l’homme. Les mamelles n’étaient pas grosses, mais elles contenaient du lait, et leur aréole était large et noire. On se rappela alors que ce soldat s’était plaint plusieurs fois de sentir remuer quelque chose dans son ventre, et particulièrement 30 heures avant sa mort ; mais on avait attribué ce symptôme aux eaux, que l’on supposait. Il ne restait aucun doute sur la manière dont cet homme pouvait avoir engendré, mais pour s’en rendre encore plus certain, on s’empara de son compagnon de lit, on le mit aux fers, et par des menaces réitérées on lui fit avouer ce que l’on soupçonnait violemment (Gazette des Deux-Ponts, année 1775, numéro 22). (in Diderot, Éléments de physiologie, chapitre 24, Génération)