Origine humoristique de l'expression " ante portas "

 

L'expression " ante portas " (qui signifie : " devant les portes ") est employée pour qualifier une éjaculation qui se produit avant la pénétration. Mais pourquoi " devant les portes " ?

 

On peut en effet rester perplexe devant cette expression. Car parler de " portes " au pluriel pour désigner l'entrée du vagin ne semble pas correspondre aux notions d'anatomie que l'on a habituellement : il est vrai qu'il y a pour protéger l'entrée du vagin des grandes lèvres puis des petites lèvres, et, la première fois, un hymen. Mais qui a vraiment l'impression de franchir une première porte, puis une deuxième, voire une troisième, avant de pénétrer dans un vagin ?

 

On pourrait alors croire que c'est une image pour expliquer l'impression que certains hommes éprouvent : après parfois de longues heures d'efforts (et pour certains on peut parler de semaines, voire de mois de travaux d'approche) afin d'arriver là où ils sont - c'est-à-dire au face à face des sexes - la Dame peut leur sembler encore bien close. Et quand on est épuisé on surestime les difficultés. Il est naturel de croire alors devoir encore forcer plusieurs portes, et de préférer s'affaler, sans énergie, en déposant ses bagages n'importe où ! Certains, chevaleresques, diront : rendre l'âme avant de connaître le mystère du Graal !

 

Par ailleurs, dans le latin ecclésiastique, le vagin et l'utérus sont considérés comme le réceptacle du germe humain, comme le vase dans lequel les liquides mêlés des semences féminine et masculine élaborent le fœtus. Si c'est un récipient, on s'attendrait logiquement à ce que les théologiens parlent d' " ejaculatio ante bouchonem ". Et cependant, même chez Rabelais qui aimait tant déboucher les " dives bouteilles ", cette expression n'apparaît jamais.

 

En fait le poids d'une tradition beaucoup plus ancienne était déterminant pour le choix des moralistes qui ont étudié en premier les problèmes de l'éjaculation. C'est dans le Cantique des Cantiques qu'il faut en effet rechercher l'origine de l'expression qui cause notre perplexité. Dans ce recueil de chants de noces, où les mystiques chrétiens ont toujours puisé les images de leur relation à Dieu, il est un passage fort explicite à ce sujet. La jeune fiancée raconte :

 

Je dors, mais mon cœur veille. J'entends mon bien-aimé qui frappe : “Ouvre-moi, ma sœur, mon amie, ma colombe, ma parfaite! Car ma tête est couverte de rosée, mes boucles, des gouttes de la nuit." Je me dis : "J'ai ôté ma tunique, comment la remettrais-je ? J'ai lavé mes pieds, comment les salirais-je ?" Mais mon bien-aimé a passé la main par le trou de la porte ; et du coup mes entrailles ont frémi. Je me suis levée pour ouvrir à mon bien-aimé, et de mes mains a dégoutté la myrrhe, de mes doigts la myrrhe vierge, sur la poignée du verrou. J'ai ouvert à mon bien-aimé, mais tournant le dos il avait disparu ! (5/2-6).

 

À trop faire attendre son bien-aimé à la porte de sa chambre, ce qui devait arriver arriva, et il y en eut plein la poignée : confus, le malheureux a préféré s'enfuir, d'autant plus qu'il risquait désormais de décevoir celle qui attendait beaucoup de lui. La jeune fille a raconté l'aventure à ses amies. Plus tard elles en ont souvent reparlé entre elles : " tu te souviens de la fois où devant les portes de l'appartement..."

 

Ante portas : l'expression était née.